Enfin les jeux se calment, le chien et le hérisson sont silencieux. Je hasarde un orteil prudent hors de la moustiquaire, cherchant mes tongs (règle N° 1 : ne jamais marcher pieds nus dans la case : gare aux mille pattes énormes, aux araignées….) L’orteil se pose sur le chien. . Qui est sagement roulé en boule sur mes tongs, et, roulé en boule, à côté de lui …..le hérisson. Les deux compères dormant du sommeil du juste.
Fait N° 1 : tout récipient contenant du sucre, s’il n’est pas en plastique et hermétiquement clos, se retrouve illico grouillant de minuscules fourmis.
Fait N°2 : J’ai horreur de ça.
Fait N° 3 : le sucre est servi, pour le petit déjeuner, dans un ramequin, lui-même déposé au centre d’une petite assiette pleine d’eau, pour éviter d’avoir les bestioles nageant dans les tasses de café de nos merveilleux touristes (quoique, merveilleux, parfois, y en a, j’vous jure… j’en parlerai plus tard)
Fait N° 4 : les gens du Sud, peuple redouté, ont la réputation d’être des sorciers.
Prenons le tout et mélangeons, et admirons le résultat : au cours de l’une de mes incursions à Diego Suarez, j’ai trouvé dans une boutique de souvenirs et d’artisanat malgache de petits pots en baobab,
sculptés de dessins géométriques, les mêmes que ceux que j’utilisais comme sucriers dans mon Sud chéri. J’ ai donc fait l’acquisition à prix d’or de 8 de ces pots (prennent vraiment les touristes pour des gogos, j’ai payé pour ces cochonneries 6 fois le prix qu’elles valent, chez moi, dans la rue. M’enfin ! ). Je dépose triomphalement mes trophées dans les mains de Serge, notre chef cuisinier, à qui j’explique :
- " - ces pots sont utilisés pour le miel, chez moi, à Tuléar, et les fourmis ne vont pas dedans ! Alors on va les utiliser comme sucriers."
Serge, prenant délicatement un pot, le retourn
ant entre ses doigts, le contemplant :
- " - Pourquoi, les fourmis ne vont pas dedans ? A cause des dessins ? c’est la magie ?"
Je n’ai pas pensé sur le moment à acquiescer, c’est dommage, je me serais acquis une jolie réputation de sorcière, j’ai donc sagement et très sérieusement répondu, que :
- " - Non, c’est le bois. Le bois de baobab repousse les fourmis."
Aéroport de Tananarive. Avions immobilisés au sol, vols retardés. Air Madagascar offre le petit déjeuner aux pauvres usagers en attente. Le restaurant est situé au premier étage de l’aéroport. Le nez plongé dans mon livre, je sirote mon café, quand j’aperçois du coin de l’œil une ombre immense, planant sans bruit. Je lève la tête : un grand milan noir plane au dessus du tarmac. Il pique vers la piste. Va-t-il atterrir ? Non, il remonte, s’envole, s éloigne………….. je l’envie …….
Il fait nuit, la voiture avale les kilomètres, le ciel est nuageux, un noir d’encre nous entoure. Nous traversons des villages, non électrifiés. Il est seulement 19h00, les étals au bord de la route, continuent a vendre leurs produits, fruits, café, jus. Les marchandes ont placé de petits lumignons, lueurs dorées qui tremblotent dans la nuit, laissant croire, lorsqu’on approche, à une minuscule haie d’honneur de feux follets………….
6h30. Installés sur notre terrasse, nous sirotons notre thé, un paquet de gâteaux secs à portée de main. Machinalement, j’ émiette un biscuit. Un minuscule gecko vert approche, happe les miettes d’une langue preste. Je mouille mon doigt, recueille quelques miettes, tends le doigt vers le gecko. Qui grimpe sur ma main et entreprend un nettoyage méticuleux de mon doigt. C’est devenu un cérémonial matinal. A peine les mugs installés et le thé versé, le gecko escalade ma jambe, saute sur la table et attend son petit déjeuner, au creux de ma main, désormais.