Une vieille maison, poussiéreuse, délabrée, à peine confortable, fermée depuis des années, puis réouverte pour cette femme juste divorcée, qui vient s’y nicher, avec ses enfants, adolescents. Les plafonds s’écaillent, mais la moquette du salon est si moelleuse, on s’y enfonce jusqu’à la cheville. Le chauffage central est poussif, mais le feu dans la grande cheminée de pierre flambe si bien et si joyeusement….. Les copains des enfants qui envahissent la maison, de grands gaillards en jogging et casquette, qui inondent la demeure de musique de rap, de Rn’B, sèment une joyeuse pagaille, et elle se prend à aimer ces rythmes, qui alternent avec les airs d’opéra ou la musique sacrée…...
Ses amies, la grande américaine, qui débarque à minuit, en pyjama, pour réclamer un fond de whisky et une cigarette, et elles refont le monde, la petite sœur, qui arrive à pas d’heure, ouvre les placards, pille les stocks de chips, se pose, ouvre la boite à chaussures qu’elle porte sous le bras et se roule un joint avec application, Suzie, l’anglaise, si féline et qui sait dire de gros mots avec tant d’élégance, les conversations dans les deux langues, et elles se racontent, pleurent et rient ensemble, et les f..k qui jaillissent à l’issue d’un fou-rire, et l’âme de la vieille dame qui est morte dans cette maison, plane avec bienveillance. Elle lui parle, la jeune femme, et elle entend l’ombre de ses réponses, douces et sereines. Elle aime à penser que le souvenir de cette vieille dame la protège du malheur et lui apportera le bonheur. Le temps a passé, les amies se sont séparées, les unes sont retournées dans leurs pays respectifs, la jeune femme a entamé une nouvelle vie, et reste ce souvenir si doux de sa solitude jamais seule……….
Le regard d’un chien, doré, au milieu d’un masque noir, une ombre fidèle, protectrice, douce et aimante, une tête posée sur les genoux, et une oreille attentive, un coup de patte qui appelle au jeu, l’aboiement bref et aigu qui prévient le visiteur « je veille », le bond aérien pour monopoliser le siège de la voiture, les câlins et les morsures du jeu ………..
Une cabane en bois, sous un grand arbre sacré. Sa terrasse en bois, qui sert d’observatoire et de confessionnal, le chant des oiseaux, les chants et les rires de la petite bande, les employés, qui l’appellent « mama », qui viennent raconter leurs chagrins, leurs soucis, les enfants malades, et les fiancés ingrats. Les soirées à chanter, danser ,rire, autour d’un repas qu’elle a cuisiné pour un anniversaire, ou pour Noël ou la « Bonané »………..
Un manteau blanc, un nez rose, un œil ovale jaune et inquisiteur, deux pattes qui pétrissent le ventre, un ronronnement hypnotique s’élève, Daisy, petit fantôme silencieux et câlin………….
Un homme, costaud au grand cœur, doux et patient, qui sait rire et chanter, qui fait de la vie une joie de tous les jours, qui oublie de voir les rides et les kilos et qui dit encore « c’est toi la femme de ma vie »……
Un pays immense, plein de couleurs, aux paysages extravagants, le sourire de ses habitants , la grâce des femmes nonchalantes, un pays où rien n’est prévisible, ou tout est disproportionné, la pluie comme la chaleur, où l’on voit avec toujours le même émerveillement ces animaux que l’on ne croyait exister qu’en photos, y vivre et y travailler, et se prendre à penser « c’est ici que je veux finir mes jours »………….
La vie qui passe, portée par la joie des instants présents et la douceur des souvenirs, qui prennent vite le pas sur la tristesse, le manque de ceux qui sont loin, de ceux qui sont partis, fugitifs, mais pourtant parfois si lancinants …………….