Il y a 22 ans, a 9h00 du matin, après une treeeeees longue nuit, arrivait une petite chose vagissante.
Ce fut le début d’une longue aventure.
Tout d’abord, a 33 ans, réapprendre le plaisir de jouer a la poupée, habiller cette petite chose de petites robes, minuscules, la chausser d’aussi minuscules chaussons, la faire biberonner dans l’angoisse, sachant d’avance que le biberon serait régurgité derechef, malgré les nombreux rots.
Jusqu’au jour ou, 3 mois plus tard, sa mère indigne, prise d’un grand ras le bol de changer de lait tous les 20 jours, aucun ne convenant, décida, sans demander l’avis du pédiatre, de la mettre d’office au lait de vache, et miracle, la petite chose garda tous ses biberons et se révéla douée d’un appétit féroce, a tel point qu’elle eut vite droit a des biberons enrichis de farines. Et la mère révéla son secret bien longtemps après, lorsque le pédiatre pontifia qu’il serait judicieux d’adopter tout doucement le passage a une nourriture solide et d’abandonner doucement les laits en poudre pour passer au vrai lait…..
Puis vint la période des angoisses du coucher. La petite chose, alors âgée de 16 a 18 mois, sanglotait lamentablement lorsque sa mère la déposait dans son lit. Cette dernière visita son homéopathe qui prescrivit une petite composition visant a détendre l’enfant, qui n’en continuait pas moins a hurler. Alors sa mère prit l’habitude de s’installer a une table ronde dans un coin de la chambre, munie de papier a dessin, de pastels et de gouache, et de réaliser de petits dessins, sous l’oeil attentif de la crevette, qui, ainsi, s’endormait doucement, sachant qu’a son réveil, un dessin tout neuf ornerait les portes de son armoire. La mère retrouva ainsi le plaisir de dessiner, perdu des années auparavant.
Grandissant avec deux frères plus âgés, la petite chose se révéla étonnamment facile a vivre, se défendant néanmoins vigoureusement contre les deux grands nigauds qui prenaient plaisir a la faire enrager.
Un jour, alors agée d’une huitaine d’années, elle décida, au grand désespoir de sa mère, de ne plus porter jupettes et collants, pour réclamer jeans et vêtements de sports. Le garçon manqué grandit, au milieu d’une bande de copains connus des l’école maternelle, dont elle ne se sépara jamais au cours des années suivantes.
Vint la préadolescence, avec sa cohorte de contrariétés, d’inquiétudes maternelles, de rebellions, de disputes, de discussions, de virées dans les magasins,suivies du meilleur copain/frère adoptif/jumeau spirituel, avec qui elle se disputait sans cesse, mais avec qui elle ne se brouilla jamais, a tel point que ses amoureux disaient, plus ou moins sérieusement, avec plus ou moins de bonne humeur, qu’íl fallait accepter la crevette avec son meilleur copain, ou renoncer a elle…. Les deux familles plaisantaient en disant que ces deux la finiraient par se marier, a quoi ils répondaient qu’ils auraient l’impression de commettre un inceste.
Et puis un jour, la petite chose eut 18 ans, ses proches lui préparèrent une surprise, se défilant tous sous divers prétextes lorsqu’ élle les invita a fêter ce grand jour. Ce qui la rendit furieuse, jurant de ne plus leur adresser la parole. Le soir venu, elle arriva dans une maison calme, sans aucune trace de préparatifs festifs, et elle entra dans une colère noire, pestant contre ses soi-disant amis, qui se désintéressaient d’elle, prenant a parti sa mère qui pianotait sur son PC, son beau-père qui allait et venait entre la maison et le garage, jusqu’au moment ou la porte dudit garage s’ouvrit pour laisser passer, un a un, tous les membres de la petite bande, les bras chargés de paquets. Ce fut un déluge de larmes, nouvelle engueulade aux adultes, qui l’avaient laissée se morfondre sans rien lui dire …..
Et le lendemain de ses 18 ans, forte de sa majorité toute neuve, elle annonça a sa mère furieuse qu’elle abandonnait ses études. Laquelle ayant fait la même chose au même âge, était bien mal placée pour lui faire la morale…..
Et toujours, toujours, la mère de la crevette, même au plus fort des disputes, des mises en demeure, nourrit un amour profond pour sa fille.
Et lorsqu’elles se séparèrent, l’année suivante, la mère pour aller vivre ailleurs, la fille allant vivre avec son compagnon, elle eut le cœur brisé, fut ravie de la retrouver deux ans après et l’accueillit sous son toit a bras ouvert, et de partager son quotidien pendant presqu’un an, fut le rayon de joie dans son cafard d’exilée.
Et puis je suis repartie, ma chérie, désolée de ne pas t’emporter dans mes bagages, mais il faut vivre, n’est ce pas… J’ai retrouvé un travail et ce pays que j’aime, et je serai ravie de t’y accueillir aussi souvent que tu voudras venir m’y rejoindre, pour te reposer et t’offrir des vacances tropicales. A moins que tu ne décides enfin de rejoindre ton grand ami d’enfance là-haut, dans le Grand Nord, ce qui serait pour toi une magnifique expérience.
Il y a 22 ans naissaient une petite chose et le grand amour jamais démenti d’une mère pour sa fille..
Joyeux anniversaire, ma chérie, et... si la vie est trop dure, s’il fait trop froid, je t’attends, pour aussi longtemps que tu souhaiteras rester ………………..